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Stefano Mancuso

Stefano Mancuso

L’intelligence des plantes, un autre regard sur le vivant

 

Il existe des penseurs dont la voix résonne comme une pensée discrète mais irréversible dans la façon dont nous percevons le monde. Stefano Mancuso est de ceux-là. Scientifique, biologiste végétal et visionnaire, il ouvre les possibles et remet en question une hiérarchie du vivant qui place l’humain au sommet, et les plantes — silencieuses, immobiles — au bas de l’échelle.

 

Depuis des décennies, cet Italien scrute les racines, écoute les tiges, et observe la danse presque imperceptible des feuilles. Ses recherches explorent ce que peu avaient osé penser : les plantes sont dotées d’intelligence. Non pas une intelligence qui imite la nôtre, mais une autre façon d’être au monde — plus diffuse, plus collective, tout aussi spectaculaire que la nôtre, et tout aussi réelle.

 

Le murmure des plantes

 

Pour Mancuso, la plante est une démocratie radicale. Là où l’animal a un cerveau centralisé qui commande l’ensemble du corps, la plante répartit sa sensibilité sur l’ensemble de son organisme. Chaque racine, chaque feuille, chaque cellule devient un capteur, une décisionnaire. Privée de mouvement, la plante s’adapte. Elle mémorise, analyse, prend des décisions.

 

Dans L’Intelligence des plantes, Mancuso révèle comment les racines tracent des itinéraires complexes en quête d’eau ou de nutriments, évitant les obstacles, reconnaissant même leurs congénères. Les feuilles, quant à elles, perçoivent la lumière, mais aussi les sons. Certaines plantes accélèrent leur croissance lorsqu’elles captent la fréquence du bourdonnement d’une abeille, anticipant ainsi une visite pollinisatrice.

 

Il ne s’agit plus d’interpréter la plante comme un simple décor végétal, mais comme un être sensible, plongé dans une conversation permanente avec son environnement.

 

Un monde sans domination

 

Cette vision bouleverse notre rapport au vivant. Si l’intelligence végétale est diffuse, collective et non hiérarchique, que nous enseigne-t-elle sur nos propres systèmes de pensée ?

 

Mancuso invite à regarder les plantes non pas comme des créatures inférieures, mais comme des modèles d’organisation. Il oppose la fixité végétale à la frénésie humaine. Là où nous épuisons les ressources pour nourrir notre mobilité, les plantes transforment l’énergie solaire en vie, immobiles mais puissamment connectées.

 

Apprendre à aimer ce qui ne nous ressemble pas

 

Il y a, dans les recherches de Mancuso, une leçon d’amour. Une invitation à élargir notre cercle d’empathie à ces êtres que nous avons si longtemps jugés froids et muets. Peut-être l’incapacité humaine à aimer les plantes vient-elle de leur étrangeté.

 

La plante ne fuit pas, ne crie pas, ne nous regarde pas. Elle n’oppose pas à notre regard le miroir de la ressemblance. Mais Mancuso nous rappelle que l’altérité n’est pas un manque. C’est une forme différente de présence au monde — plus lente, plus humble, mais peut-être plus sage.

 

L’avenir est végétal

 

Dans un monde en crise, Mancuso voit dans les plantes nos meilleures alliées pour inventer des sociétés plus soutenables. Il imagine des villes végétales, où les arbres filtrent l’air et régulent la température. Il parle de biomimétisme, d’agriculture régénératrice, de nouvelles façons de cohabiter avec le vivant.

 

Ses conférences, ses livres, ses interviews tissent un récit à la fois scientifique et poétique.

 

Écouter Mancuso, c’est se laisser glisser dans un monde où l’intelligence n’est plus une affaire de dominance, mais de connexion. Où l’amour est, non pas dans la ressemblance, mais dans la capacité à reconnaître ce qui, dans l’autre, nous échappe.

 

Peut-être est-ce là, finalement, le chemin d’une véritable révolution écologique : apprendre à aimer ce qui ne nous ressemble pas.

 

 

Stefano Mancuso, pour écouter ce qui ne crie pas

 

Il parle des plantes comme on parle des êtres qu’on aime – avec patience, avec respect, en laissant toujours une place au mystère. Il ne cherche pas à prouver que les plantes nous ressemblent, mais à nous rappeler que le vivant ne se mesure pas à l’aune de ce qui nous est familier.

 

Depuis des années, Mancuso raconte ce que la plupart d’entre nous ne sait pas, ou ne veut pas voir : que les plantes perçoivent, communiquent, prennent des décisions. Elles n’ont ni cerveau, ni cœur, ni regard pour nous capter. Elles n’en existent pas moins. Peut-être même existent-elles autrement, plus pleinement que nous, parce qu’elles ne se placent jamais au-dessus des autres formes de vie, mais toujours au milieu.

 

 

Ce que les plantes pourraient nous apprendre

 

Mancuso dit souvent que l’avenir sera végétal, ou ne sera pas. Pas seulement parce que les plantes nous permettent de respirer, de nous nourrir, de soigner nos corps. Mais parce qu’elles pourraient aussi soigner nos sociétés.

 

Les plantes n’ont pas de centre, pas de chef. Elles vivent dans des systèmes décentralisés où chaque partie compte autant que l’autre. Si une racine est sectionnée, le reste continue à chercher. Si une feuille est brisée, la plante ne s’effondre pas.

 

 

Écouter Mancuso, c’est accepter que le vivant n’a pas besoin de nous ressembler pour mériter notre attention.

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